
RAPPEL: Dans un épisode précédent le commissaire Proto avait exécuté Jymmy et Pradel froidement, avant que ce dernier n'ait le temps de prévenir les inspecteurs Dombré et Pwarouj à propos de sa théorie sur une taupe dans leur service. Sunny la copine de Pradel a été témoin du meurtre et s'est enfuie sans se faire voir.
COMMISSARIAT GAMBETTA 08H00
Je ne connais aucune encre assez courageuse pour accepter d'écrire la tristesse et le sentiment de colère qui régnait ce jour là au coeur du commissariat de Gambetta. Du moins, c'est ce que je pensais au début jusqu'à ce que je trouve la plume avec laquelle on a écrit le petit point sur le "i" du mot "peine". Dombré était arrivé comme à son habitude avec sa timbale en plastique de chocolat Martiniquais et une brioche au lait. Tout les flics qu'il croisait en allant à son bureau portaient un brassard noir et l'oeil terne. Pwarouj l'attendait dans son bureau assis à sa place, le regard grave, le visage fermé comme si son dernier sourire avait avalé la clé avant de s'en aller.
DOMBRE (regardant autour de lui) :" Qu'est ce qu'il y a Pwarouj ? Pourquoi vous faites tous cette gueule d'enterrement ? Medhy Custos a sorti un nouvel album ou quoi ? ".
PWAROUJ (le prenant par l'épaule) :" Dombré assied toi ".
DOMBRE (s'asseyant) :" Oh non, laisse moi deviner, c'est bien pire? Les Zouk Machine se sont reformé c'est ça? Je te parie qu'elles vont nous ressortir "ka sa y é missié bobo" en tektonik! Je vois bien la petite Joelle avec du gel dans son afro, des vêtements fluo, bouger ses bras et son p'tit bonda dans tout les sens ".
PWAROUJ (n'en pouvant plus) :" Dombré !!! Pradel est mort !! ".
DOMBRE (lâchant sa timbale de chocolat) :" Quoi ?! Qu'est ce qui c'est passé ? De quoi est il mort ? ".
PWAROUJ (très affecté) :" Hier soir, le prévenu Jimmy Maugran s'étouffait dans sa cellule alors Proto lui a ouvert pour lui donner un verre d'eau. C'était une ruse, il l'a frappé, subtilisé son arme et prit la fuite. Pradel a tenté de s' interposer et Jimmy l'a tué. Juste après Proto l'a descendu à son tour ".
DOMBRE (la tête dans les mains, les coudes sur le bureau):"Pauvre gamin, il était si jeune ".
Dombré était effondré, Pradel le petit Einstein de la boite était mort. Alors que pas plus tard que hier, ils discutaient ensemble dans la même pièce.
PWAROUJ (tenant Dombré par l'épaule) :" Ça va aller Dombré ? ".
DOMBRE (profondément touché) :" Je vais prendre l'air, je repasse plus tard ".
Dombré accusait le choc difficilement. Pradel était encore un enfant à ses yeux. Il avait toute la vie devant lui. L' amertume qu'il ressentait était tellement lourde à porter que chacun de ses pas creusaient le sol. La haine le suivait à la trace depuis son bureau en espérant lui sauter à la gorge au détour d'un couloir. Mais au moment de l'attaquer elle s'écrasa le museau contre la porte de l'ascenseur.
DOMBRE (entrant dans l'ascenseur à voix basse) : "Je vais résoudre cette affaire pour toi Pradel ".
Stecy (les yeux rouges d'avoir pleuré) :" C'est ce que Pradel aurait voulu Dombré ".
Absorbé par ses pensées comme la fumée d'un cigare dans les palmes d'un ventilateur, Dombré était entré dans l'ascenseur sans remarquer la présence de Stecy. Elle était en larmes, la mort de Pradel lui avait déchiré le coeur.
Dombré (sort un mouchoir de sa poche et le tend à Stecy) :" Ça va aller toi ? ".
STECY (se laisse aller à pleurer dans ses bras) :"Je suis tellement triste si tu savais. Il avait l'habitude de m'appeler au standard et de me faire des petites blagues. Pauvre Sunny, il était tout pour elle ".
DOMBRE (intrigué) :" Qui est Sunny ? ".
STECY (reniflant) :" Sunny c'est sa copine, elle est passée le voir hier soir. Je l'ai fait monter à l'étage comme Pradel me l'a demandé. Mais je ne l'ai pas vu repartir ".
DOMBRE (de plus en plus interloqué) :" C'est étrange non ? ".
STECY (se mouchant) :" Proto a dit de lui laisser du temps pour se remettre ".
DOMBRE (surpris) :" Ah ouais Proto l'a vu et n'a pas pris sa déposition ".
STECY :" Enfin... Oui et non. Il ne l'a pas vu, c'est moi qui lui ai dit. J'ai retrouver le sachet de crabe farci qu'elle avait emmené à Pradel dans le couloir ".
DOMBRE :" Ok et tu l'as dis à quelqu'un d'autre? ".
STECY :" Non, qu'à toi et Proto ".
La porte de l'ascenseur à peine ouverte, Dombré sort précipitamment.
DOMBRE (pressé) :" Merci Stecy. Tu peux garder le mouchoir ".
PLIANE APPARTEMENT JOHANNE 2H45
Si l'appartement de Johanne était une recette de cuisine, elle serait sans aucun doute Antillaise. Avec ses murs vert et jaune, son papier peint épicé, sa moquette rouge pimentée, son canapé kaki couleur canne à sucre et les meubles blancs comme de la pulpe de noix de coco. Johanne est une fille qui respire la joie de vivre, les joues rondes, le corps pulpeux, les atouts généreux, la malice dans les yeux et le gout prononcé pour les plaisirs sulfureux. Il y a deux soirs de cela, elle passait une nuit d'enfer avec Kevin, un de ces amants jetables. Ce livreur de pizzas s'était trompé d'adresse et n'aurait jamais cru avoir avoir un si bon pourboire. La pizza était froide, mais leurs corps étaient chaud. Ils firent l'amour dans toutes les pièces de la maison, du salon, à la salle de bain, en passant par le carrelage de la cuisine. Johanne adorait qu'on lui dévore les seins, ça la rendait ivre de plaisir et Kevin aimait rendre service. Déformation professionnelle probablement. Ils étaient là à se donner en spectacle devant les meubles de la maison quand on sonna à la porte.
KEVIN (s'arrêtant en pleine action) :" On a sonné je crois ".
JOHANNE (les jambes enlacées autour de Kevin) :" Non c'est rien, t'arrêtes pas !! ".
Kevin recommence de plus belle à l'embrasser et à lui lécher le corps quand la sonnerie retenti de nouveau.
KEVIN (se relevant) :" C'est pas ton mec, un truc comme ça j'espère? Je veux pas d'ennui moi ".
Quelqu'un criait et tambourinait à la porte avec insistance.
VOIX (criant) :" Johanne ouvre ! C'est moi, c'est Sunny ! ".
Johanne repousse Kevin sans aucune délicatesse avec ses jambes, passe une robe de chambre transparente et va ouvrir.
JOHANNE (encore essoufflée de plaisir) :" Sunny, tu tombes très très mal copine, je suis en train de m'envoyer en l'air ".
SUNNY (en larmes) :" Il a tué Pradel Johanne !! il a tué Pradel !! ".
JOHANNE (lui prenant la main) :" Qu'est ce que tu racontes Sunny?".
SUNNY (hystérique) :" Pradel est mort, il s'est fait assassiner sous mes yeux !! ".
Johanne, se retourne et jette un regard désolé à Kevin.
KEVIN (remettant son pantalon) :" T'inquiète pas, j'ai compris. Je t'ai écris mon numéro sur la boite à pizza. Appelles moi quand tu as un petit creux ".
Sur ce, il l'embrasse en lui mettant la main aux fesses et quitte la pièce en déshabillant Sunny du regard. Johanne referme la porte derrière lui et fait assoir Sunny dans le canapé de la salle à manger.
JOHANNE (inquiète) :" Vas y, racontes moi tout depuis le début. Qu'est ce qui s'est passé ? ".
SUNNY (éclatant en sanglots) :" J'avais rendez vous avec Pradel au commissariat. Tu sais des fois quand il travaille tard, je lui emmène à manger et on passe un moment ensemble ".
JOHANNE (lui tendant un verre d'eau) :"Oui... continue. Tiens bois un verre d'eau ça va te faire du bien ".
SUNNY (en larmes, buvant une gorgée) :" Donc j'arrive sur la pointe des pieds pour lui faire une surprise et je vois son patron le commissaire Proto lui tirer dessus, lui et un autre homme. Il les a tué comme ça, de sang froid. J'ai paniqué et je me suis enfuie. Je suis tout de suite venue chez toi. J'ai peur, je ne veux pas rester seule ".
JOHANNE (la prenant dans ses bras): "Ma chérie tu peux rester ici autant de temps que tu le veux. Mais, il faut que tu le dises à quelqu'un ".
SUNNY (sanglotant encore plus fort) :" Mais c'est le chef de la police Johanne !! Personne ne me croira ! C'est sa parole contre la mienne ! ".
ANSE BERTRAND, SECTION ANSE MAURICE, DIMANCHE 10H16, CONCOURS DE BOEUFS TIRANTS
En ce dimanche matin, la chaleur était d'humeur rancunière, chimérique et agressive. Elle s'était réveillée du mauvais pied et n'avait pas du tout apprécié que la rosée vienne lui cracher au visage au petit matin. Ça, elle était bien décidée à le faire payer aux nombreux spectateurs présents à l' Anse Maurice. Les concours de boeufs tirants déplaçaient énormément de monde, funambule d'un jour se tenant en équilibre l'espace de quelques heures sur la même corde vocale. Criant, tapant des mains, hurlant pour encourager les athlètes bovins. Valeureux sportifs à cornes, la peau tannée par les coups de fouets, les boeufs tirants arrachaient la terre rocailleuse sous leurs sabots en tractant une charrette chargée de fonte ou de roches sur quatre vingt dix mètres de pente raide. L'équipage étant constitué d'un chauffeur et de deux assistants chargés de caler la charrette. L'arbitre lui compte les moindres coups de fouet ne devant pas dépasser douze. A une bonne dizaine de mètres de ce brouhaha populaire et roturier, un homme vêtu d'une longue tunique blanche, éventail à la main regardait le spectacle à l'ombre d'un fromager. Assis sur un transat en toile, se ventilant et pestant bruyamment, il semblait apprécier le spectacle mais détester les moustiques et les gens qui y participent. Debout à ses cotés une femme en lunettes noires. Audrey, lui tenait une ombrelle au dessus de sa tête au cas où un rayon de soleil plus hardi que les autres oseraient lui caresser la peau. Depuis qu'elle gérait ses affaires, la mort avait beaucoup moins de travail. En effet Audrey était une concurrente féroce. Elle était belle, jeune, envoutante, sexy, le poison absolu. Quand Proto vint à leurs rencontres sous le fromager, il n'avait pas l'air fier. Il semblait angoissé et stressé. Le visage emprunté à un musée des silences, Audrey le fixa avec son regard de pierre brisant le verre de ses lunettes noires pour aller fracasser les yeux du commissaire.
HOMME (d'une voix calme) :" Commissaire Proto, je suis très déçu. Je vous avais demandé un petit service et je me rend compte avec regret que vous n'avez pas été à la hauteur. Un témoin dans la nature, c'est impardonnable ".
PROTO (en sueur, bégayant de peur) :" Mais je compte bien réparer mon erreur Monsieur, je vous assure. Ce n'est qu'une question de temps. Le témoin s'appelle Sunny et elle est allée se cacher chez sa meilleur amie Johanne. Je m'en occupe dès aujourd'hui ".
HOMME :" Histoire de vous motiver, Audrey va vous épauler sur cette affaire. Audrey, je te présente le Commissaire Proto. Dis lui bonjour ".
Audrey tend la main à Proto. Au moment où il met sa main dans la sienne pour la saluer, elle lui fait une clé de bras et le projette au sol avec une balayette. Il s'écrase sur le dos dans la terre poussiéreuse. Puis elle pose son pied sur sa gorge en le fixant droit dans les yeux. Sa jambe nue envoutée par des bas transparent laisse alors apparaitre une arme de poing dissimulée sous sa jupe. Proto suffoque de douleur, il n'a rien vu venir.
PROTO (n'arrivant pas à respirer) :" Arrêtez !! Vous m'étouffez ! Je n'arrive plus à respirer !! ".
En guise de réponse Audrey appuie encore plus fort avec son pied sur sa gorge.
HOMME (se levant de son transat et se penchant sur Proto) :" Si jamais vous revenez sans avoir tué cette fille. Vous êtes un homme mort ".
FIN DE L'ÉPISODE 21
Dans cet épisode : Jymmy Maugran (articles), Olivier Proto (articles), Stécy Toutoute-Fauconnier (articles), Sun Sunny P Renoir (articles), Johanne BrownSugar (articles), Audrey Torudu (articles), Kevin Hereson (articles), Pascal Pradel
 MASSACRE SUR FACEBOOK by Pascal Boulère "Darkman" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
RETROUVEZ DARKMAN TRES PROCHAINEMENT DANS "RETOUR AU PAYS" UN FILM DE JULIEN DALLE AVEC FIRMINE RICHARD
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